Jacqueline Lawrence
Si vous deviez établir une carte d'identité de la nouvelle littérature
mauricienne,
quelles en seraient les caractéristiques ?
Jean-Marie LE CLEZIO
J'ai rencontré hier une personne qui ne connaissait pas Maurice et qui a
été frappée par
la composante indienne du peuple mauricien. Elle pensait que Maurice
devait avoir une
littérature qui ressemblait à l'idée que l'on se fait de l'Inde, un
pays de sagesse.
Elle m'a donc demandé si la littérature mauricienne était une littérature
de sagesse.
C'est tout le contraire, c'est une littérature de contestation, de
revendication. La jeune
littérature mauricienne est une littérature combative.
J L
Est ce que Maurice est l'un de ces lieux qui agissent sur l'imaginaire
comme un révélateur ?
J-M LE CLEZIO
Tout à fait. Je partage cette idée qui a été exprimée par Malcolm de
CHAZAL que Maurice
est un endroit où il y a un grain de folie. Je ne sais pas si c'est dans
les plantes, dans l'air
ou dans les montagnes, mais il se passe quelque chose d'étrange à
Maurice.
Je comparerais cela à ce qui se passe à Cadaquès, en Espagne. Je crois que c'est le
vent. Le vent doit avoir une influence assez importante sur la mentalité. Il y a, à
Maurice, une étrangeté que je trouve très inspirante. C'est un pays qui peut produire de la littérature
car c'est une île qui est comme un poème. Elle a les vertus d'un poème.
J L
Est ce que vous portez un peu Maurice en vous ?
J-M LE CLEZIO
Je ne suis pas né à Maurice, mais je suis né Mauricien. Mon père, mon
grand-père étaient
d'origine mauricienne. Mon grand-père me parlait en créole, nous
mangions de la cuisine créole alors que nous étions loin de sa source.
Tout cela a fait de moi une sorte de créole distant, émigré de la deuxième
génération. Je me sens un peu en exil de Maurice partout où je suis. |